LA MARELLE
Jusqu'au XIXe siècle, la marelle était autant un jeu d'adulte que d'enfant avant de devenir un jeu de garçons et de filles exclusivement. De nos jours, nous n’en voyons plus guère dans les cours de nos écoles. Pourtant, il a tout une symbolique de vie qui permet une réflexion.
Petite fille, je passais des heures à jouer au jeu de la Marelle. Sans me lasser et avec persévérance, je dessinais son tracé au sol et choisissais avec émotions le palet qui me ferait voyager.
Aujourd’hui, j’ai choisi de poser une réflexion sur ce jeu à travers des tableaux.
J’illustre les cases suivant mon ressenti. Des cases qui définissent les symboles importants que l’on vit durant ce séjour sur terre. La naissance, les capacités motrices, l’autonomie, l’apprentissage, l’acquisition d’une identité sociale, l’intimité et l’isolement, la stagnation, pour arriver au résultat de sa vie.
Je suis dans l’espace « terre » et petit à petit, à force de lancer le palet, sauter sur un pied, me baisser, me retourner, ramasser, renouveler ce circuit jusqu’à la case 8, j’atteins alors le ciel. Et ensuite dernier coup, je le dépasse.
Mais attention, pas de droit à l’erreur sous peine de tout recommencer.
J’ai dépassé, dommage. Il me faut à présent refaire le chemin inverse vers cette terre si petite. Le voyage risque d’être long, il est moins facile d’atteindre une petite terre que viser un si grand ciel.
Et lorsque je pense à ce jeu, je vois mon âme dans ce palet jeté sur le parcours de la vie. Il me faut éviter les embûches, bien viser, bien lancer, recommencer, apprendre avec justesse à anticiper les épreuves qui me ralentiraient pour atteindre un futur qui serait le mien et devenant ainsi un être totalement complet.
Ce petit palet qui passe d’un stade à l’autre, évoque l’âme modelée au parcours initiatique de la vie.
Sauter sur un pied, représente toute la difficulté à parcourir ce chemin chaotique. Il nous faut apprendre à rester le plus possible en équilibre entre le bien et le mal, la douleur et le bonheur…
Refaire ce voyage à l’inverse, permet de perfectionner son parcours personnel. Des passages difficiles sont toujours à prévoir ! Rien n'est simple. Au bout de plusieurs lancers, tout peut peut-être rentrer dans l'ordre. Aller, venir, recommencer, dépasser, enfin réussir.
La marelle est un jeu symbolique et initiatique.Voilà peut-être pourquoi avant, les adultes y jouaient souvent.
Divertissant et symbolique à la fois, le jeu de l’oie est universel. Inventé pendant la guerre de Troie, il ne permet aucune stratégie mais ses règles se prêtent à de multiples allusions historiques, mythologiques, éducatives, religieuses, politiques ou autres.
J’ai choisi d’utiliser ce jeu de l’oie pour évoquer les étapes éternelles et universelles de toute existence humaine. Il est un complément plus détaillé des étapes de la marelle.
J’ai constaté qu’à priori très peu de personnes ont joué et même connaissent ce jeu magnifique. J’espère pouvoir lui redonner ses notes de noblesse.
Certes, le hasard est là, il te guette. Parfois chanceux, tu avances subitement très rapidement mais il y a toujours un obstacle quelque part qui peut te surprendre. La vie n’est-elle pas faîte ainsi ? Les cases sont là, belles et bien là. Une spirale de 63 cases enroulées vers l’intérieur et comportant un certain nombre d’obstacles. L’idée, c’est d’être placé dans un parcours initiatique avec des épreuves, des enchantements, des peurs et des difficultés qui te permettront de forger ton caractère. Es-tu prêt à gagner la partie ?
Tu peux lancer les 2 dés et bonne chance !
Premier stade : L’oie turquoise
Tu nais et quittes ce milieu aqueux. Ta maman est là, elle te réconforte, t’aide souvent. Tu as besoin d’elle pour grandir. Ses mains te protègent et t’encouragent dans tes étapes d’apprentissage vers la marche. L’indispensable doudou est toujours prêt à te suivre partout, c’est une chance ! Les 2-3ans ont comme pires ennemis les grands - méchants loups. Tout peut devenir un grand - méchant loup, même tes colères alors méfie-toi et gare à celui qui s’oppose à tes envies d’être autonome. Et si tu tombes sur le pont de la case 6, direction case 12 ! Super, qu’est ce que tu avances vite !
Second stade : L’oie jaune
Tu te réjouis des bols d’air. Tu observes tout, tu veux tout faire. Ton œil épie, il guette, observe. Désormais, à toi toutes les initiatives et avec ton vélo, tes 4-5 ans n’auront qu’à bien se tenir. Certainement que tu aurais besoin de limites mais avec elles, tu te sentirais tellement coupable…Tant pis, ce qui est à toi, est à toi. Trop avare pour prêter, trop avare pour partager, tu continue d’avancer. Mais pas dans le noir car les fantômes te font un peu peur ! Si tu es arrivé directement sur la case 12, quel dommage, tu auras manqué ce désir du vouloir faire ! Est-ce alors un avantage de sauter les étapes ?
Troisième stade : L’oie orange
La case école : tu étudies tellement que tu dois passer un tour. Certains diraient que tu perds du temps. D’autres raisonneraient différemment et y verraient l’occasion d’apprendre des notions utiles pour la vie tel que le souci de savoir comment ça marche et le sentiment contraire, celui de ne jamais savoir. Ton cerveau se développe rapidement et apprend abondamment de nouvelles notions. Le sentiment du besoin de comprendre s’accompagne du besoin d’un compagnon animal qui te permet de montrer ta supériorité par rapport à lui. Pirate ou princesse, ton camp est vite choisi. C’est une question d’identification. Entre 6 et 11 ans, c’est comme ça que ça marche ! Peur de tout, oui ! Envie de tout, oui ! Tu as bien répondu alors tu peux relancer les dés.
Quatrième stade : L’oie rouge
Ca y est, tu as la tête en feu, une pêche d’enfer ! Tu te sens fort et tu t’affirmes. Et tu parles de toi parce que tu t’aimes, tu crois tout connaître, tout savoir et tu parles, tu parles... Les copains, tu leur dis tout grâce à ton téléphone portable ! Tu parles tellement, tu es tellement actif que tu tombes dans le puits par inadvertance. Vraiment pas de chance, tu passes 2 tours. Et pendant ce temps, tu te mets à douter, tu ne sais plus où tu vas, ni qui tu es, qu’est ce que tu fais là ?... Mais tout ça, c’est normal, tu as entre 12 et 18 ans. Tu es l’ado type avec sa crise d’identité ! Mais pour te remettre sur pied, rien de tel qu’une bonne fête entre potes ! Et c’est reparti ! « Regarder comme je suis beau ! » Ce n’est pas de l’orgueil, c’est juste la vérité. L’alcool, les drogues, le sexe…même pas peur…
Cinquième stade : L’oie rose
Soyons un peu réaliste et revenons les pieds sur terre. Voyons comme cette terre est belle. Créons ensemble et partageons nos vies. Marions-nous, faisons des enfants, travaillons ! Métro, boulot, dodo… Besoin d’argent, encore ? Pour la voiture ? Cela ne m’étonne pas… La voiture, toujours la voiture. Une, deux et parfois trois ! Fini l’ado et bonjour l’adulte, pas facile. Tout est mélangé, un vrai labyrinthe. Tu t’es vraiment perdu dans tes choix, retourne à la case 30 et réfléchis comment utiliser la technologie. Tu t’y retrouves malgré tout ? Tu me surprends mais tant mieux pour toi. Use de la luxure mais pense au chômage, cet isolement dans les abus n’est pas forcément une solution…
Sixième stade : L’oie mauve
Besoin de voyager, de voir ailleurs si c’est mieux ? Approfondir des connaissances, comparer, critiquer, chercher l’idéal…C’est peut-être ça que l’on cherche ? Nos jambes nous promènent, nos jambes nous soutiennent, nos jambes nous empêchent…Elles sont si importantes tout au long de notre vie que nous ne nous en rendons compte que maintenant. Si bien que cette inquiétude se transforme en peur total de la maladie. L’âge avance et si on n’avait pas réussi à rassembler toutes les clés de la réussite ? Cet âge mûr nous met dans la contradiction entre nous et les autres. Devenant paresseux par opposition d’avoir trop travaillé, la prison pointe son nez et puni en nous faisant attendre une délivrance. Quelle délivrance ? Quelqu’un ? Quelque chose ? Echappons plutôt à tout ça et rejouons !
Septième et dernier stade : L’oie multicolore
La vie est faite, le cœur bat moins, la cane nous aide et la mort guette. Tu meurs, recommence et bonne chance pour ta nouvelle vie. Sinon, toi, l’ancêtre qui a vécu, qui nous a fait vivre et qui nous raconte désormais, tu as besoin de nous autant que l’on a eu besoin de toi au début de notre vie. Gourmand de tout, il ne te reste plus beaucoup de temps sauf celui d’avoir peur de l’enfer !
